Comment soutenir des enfants avec un psychotraumatisme tel que celui de la guerre en Ukraine ?

Comment soutenir des enfants avec un psychotraumatisme tel que celui de la guerre en  Ukraine ? 

Durant 12 ans j’ai vécu l’arrivée des enfants confiés à l’ASE  de Gironde seul au CDEF ou avec leur mère au Foyer des mères adolescentes . Je les ai écoutés et accompagnés à ma place de pédiatre avec toute l’équipe .

Accueillir des enfants qui ont du quitter leur maison , leur pays et vu la guerre de leurs  propres yeux … C’est une autre histoire ! 

Je les faisais entrés dans mon bureau , s’asseoir et se poser , une petite pièce chaleureuse et contenante , à l’écart de l’agitation, avec des jouets pour tous les âges. 

Peu de personnes , l’accompagnante ( figure d’attachement ) auquel l’enfant reste cramponné , parfois la maman ou la famille d’accueil . 

Prendre son temps .

Une atmosphère feutrée et silencieuse . 

Ne pas oublier de se présenter et dire qu’on est là pour l’aider . 

Selon l’âge de l’enfant , l’attitude est adaptée et différente :

  • un nourrisson n’a pas encore de mots et de langage mais il comprend à sa manière . Comme le dit Boris Cyrulnik , c’est une éponge ! il est dans les bras et il faut répondre à la mère ( biologique ou de substitution ) , à ses questions , la rassurer . Comme le dit Winnicot «  si on fait du bien à la mère , on fait du bien à l’enfant «  . Poser un regard bienveillant . On peut  parler à l’enfant et lui expliquer ce qui arrive et pourquoi il est là , même tout petit … et poser des mots sur ce qui se passe . Lui dire qu’on va s’occuper de lui . 
  • un enfant d’âge maternel ( 3 à 6 ans ) : il peut être soit immobile , sidéré , apeuré , soit agité et dispersé . Le laisser trouver et se saisir des jouets  à sa disposition , petits personnages , poupées … voitures camions trains … pour qu’il puisse mettre en scène ce qu’il a vécu . 
  • un enfant plus grand du primaire ( 6 à 11 ans ) , c’est en lui proposant une feuille et des feutres pour dessiner , ecrire … le choix des couleurs , le trait noir ou agressif en disent long . S’il déchire le papier car il est en colère c’est normal . 

Dire et reconnaitre que ce qu’il vit est très dur pour un enfant , que ce n’est pas normal , que c’est le MAL , la GUERRE … et qu’il n’y est pour rien . Il n’est coupable de rien . 

Redonner des repères : où est ta maman ,ton papa , tes frères et soeurs ? ta maison … 

Est ce que tu dors bien ? où est ton lit actuellement , ou est ton doudou ? L’angoisse de mort , ou de séparation se traduit par des troubles du sommeil . Impossibilité de s’endormir , réveils multiples ,  cauchemars . 

Est ce que tu manges ? qu’est ce qui te ferait plaisir …. 

Tu pleures , c’est normal , tu as été très courageux jusqu’ici , on va se moucher . 

Ce qui va se passer maintenant … expliquer pour réduire l’angoisse de l’avenir … 

Maintenant tu es dans un pays en paix et on va s’occuper de toi et des tiens  et ensuite , peut être dans longtemps tu pourras rentrer chez toi . 

Merci à Brigitte Collet pour son aide sur le sujet